Cynisme
diffus, mépris de soi et de l'autre, soumission
au commerce, à la technique
et aux conformismes
les plus surannés, triomphe généralisé
des morales non-pensées et interchangeables sur fond
de discours
religieux
ou anti-religieux sans intérêt,
effondrement de la gauche dans l'alter-mondialisme sautillant,
la "citoyenneté" républicaine, les
incantations
anti-bourgeoises branchées et l'esprit
de sérieux, règne du journalisme et des
clichés, tragi-comédie
du discours politique réduit à néant
par des élites qui peinent à dissimuler le ridicule
de la société qu'elles ont créée...
"Le désert
croît" disait Nietzsche il y a plus de cent ans.
Il ne s'était pas trompé. Sur les ruines de
l'humaniste triomphe la domestication généralisée
et la gestion des hommes par les hommes sur le mode de la
"ressource humaine" : être
utile, utilisable et utilisé - afin d'être
"intégré".
Dans
le désert
absurde d'une époque
bourgeoise, les textes de Yann Kerninon ne leurrent
pas le lecteur. Le désert croît et continuera
de croître. Il n'est aucun "espoir", ni aucun
mot en "-isme" qui pourrait nous sauver... L'espoir,
la rédemption, le salut, la solution ultime sont des
mots qui servent le désert et s'y intègrent
parfaitement.
C'est
dans les interstices, les marges et les multiples quêtes
individuelles de nouveaux modes d'existence possibles que
demeure la possibilité d'une vie rebelle, tragique
et heureuse. "Définir de nouvelles stratégies
permettant d'expérimenter et d'incarner - tant sur
un plan individuel que collectif - une existence vivifiante,
authentique et réenchantée". Tel est le
cahier
des charges qui préside à une pensée
libre et déconcertante qui arrache masques et impostures,
mensonges et faux-semblants.
Yann
Kerninon navigue en compagnie de Nietzsche, Deleuze, Heidegger,
Ernst Junger, Baudelaire, Héraclite, les penseurs anarchistes,
les Situationnistes, Dada,
Fluxus, le Punk, Diogène ou les Monty Python... Il
interroge tantôt la question du cynisme et de sa généralisation,
la
possibilité de sortir d'une pensée bourgeoise
et conformiste, la
question de la violence et du contrôle de la violence,
la nécessité de renouer avec une
pensée libertaire, libertine, libérée
et amoureuse en lieu et place d'une pensée
névrotique, hiérarchique, malheureuse et autoritaire.
Dandysme,
anarchisme, dadaïsme,
poésie,
insolence,
enfance, animalité...
Autant de moyens d'alimenter le jeu infiniment ouvert des
surprises, des rencontres et des étonnements face à
tous ceux qui font - sous un mode ou un autre - l'éloge
des vies
tronquées et vécues à demi.
|